La Chine lance un barrage géant au Tibet malgré les risques environnementaux et géopolitiques

La Chine lance un barrage géant au Tibet malgré les risques environnementaux et géopolitiques

La Chine a lancé un vaste projet hydroélectrique de 1 200 milliards de yuans (environ 167 milliards de dollars) sur le fleuve Yarlung Tsangpo, au Tibet, marquant l’une des plus grandes entreprises de construction d’infrastructure de son histoire. Le Premier ministre chinois a inauguré les travaux ainsi qu’une nouvelle entreprise d’État chargée de gérer le chantier, dans le but de stimuler l’économie, de renforcer la capacité en énergie propre et de soutenir les objectifs nationaux de neutralité carbone.

Situé près de la ville de Nyingchi, dans une région montagneuse et difficile d’accès, le projet comprendra cinq barrages successifs. Il implique également la redirection partielle du fleuve à travers des tunnels et la construction d’infrastructures complexes dans une zone parmi les plus riches en biodiversité du pays. En termes d’échelle, ce projet dépasse de loin le barrage des Trois Gorges, terminé en 2009, et pourrait générer jusqu’à 70 gigawatts d’électricité, soit davantage que la capacité énergétique totale de la Pologne.

Ce développement massif pourrait renforcer la croissance de secteurs clés tels que la construction, l’acier et le ciment. Plusieurs entreprises chinoises liées à ces industries ont vu leurs actions bondir après l’annonce du projet. Toutefois, des préoccupations persistent quant à l’impact environnemental sur la gorge du Yarlung Tsangpo, où le fleuve descend de 2 000 mètres sur seulement 50 kilomètres.

Le barrage soulève également des inquiétudes géopolitiques. Le Yarlung Tsangpo entre en Inde par l’État d’Arunachal Pradesh — que la Chine considère comme faisant partie de son territoire historique sous l’appellation de Tibet méridional — avant de devenir le fleuve Brahmapoutre au Bangladesh. L’Inde a officiellement exprimé son inquiétude quant aux répercussions possibles sur la sécurité hydrique et l’écologie fluviale. Le projet est devenu un point sensible dans les relations sino-indiennes déjà fragiles.

L’annonce intervient alors que Pékin et New Delhi cherchent à rétablir un dialogue après plusieurs années de tensions. Bien que certains progrès aient été réalisés, notamment la reprise des vols et la facilitation des visas, la rivalité économique et stratégique reste vive. L’Inde limite toujours l’accès des investissements chinois à certains secteurs sensibles, tout en renforçant ses partenariats internationaux.

Sur le plan économique, l’investissement massif dans ce projet a ébranlé les marchés obligataires chinois, les investisseurs anticipant une relance de l’économie. Les analystes notent que, malgré les défis logistiques et environnementaux, le financement du barrage pourrait être assuré par des ventes futures d’électricité et des prêts à long terme, comme cela a été le cas pour d’autres grands projets d’infrastructure en Chine.

Ce projet pourrait transformer profondément le paysage énergétique de la Chine et renforcer sa position régionale. Toutefois, il devra surmonter des obstacles environnementaux, diplomatiques et techniques majeurs à mesure que les travaux progressent.