Le surplus commercial record de la Chine s’élargit, tandis que les exportations vers les États-Unis continuent de reculer

Le surplus commercial record de la Chine s’élargit, tandis que les exportations vers les États-Unis continuent de reculer

La Chine a bouclé l’année sur un surplus commercial record, après une accélération des exportations en décembre plus forte qu’attendu. Dans le même temps, les flux avec les États-Unis ont continué de se contracter nettement, sur fond de frictions tarifaires persistantes et de recomposition des chaînes d’approvisionnement.

Selon les données douanières, les exportations ont progressé de 6,6% en décembre sur un an en dollars, dépassant les anticipations du marché et accélérant par rapport à la hausse de 5,9% observée en novembre. Les importations ont également surpris à la hausse, augmentant de 5,7% sur un an, leur rythme le plus rapide en trois mois, ce qui suggère une amélioration marginale de la demande intérieure en biens importés.

Sur l’ensemble de l’année, les exportations ont crû de 5,5% tandis que les importations sont restées globalement stables, portant l’excédent commercial à 1,19 billion de dollars, en hausse d’environ 20% par rapport à 2024. Ce chiffre rappelle à quel point l’économie continue de s’appuyer sur la demande extérieure, alors même que l’activité domestique demeure inégale.

Le commerce avec les États-Unis reste un point faible

Derrière la solidité des chiffres de décembre, les échanges avec les États-Unis ont continué de se détériorer. Les expéditions vers les États-Unis ont chuté de 30% en décembre sur un an, prolongeant une série de replis mensuels, tandis que les importations en provenance des États-Unis ont reculé de 29%. Sur 2025, les exportations vers les États-Unis ont diminué de 20% et les importations ont baissé de 14,6%, signalant un repli plus large des volumes bilatéraux malgré des épisodes de discours politique plus conciliant.

Des responsables chinois ont réaffirmé que les relations commerciales devraient être mutuellement bénéfiques et ont appelé au dialogue pour résoudre les différends et élargir la coopération. Les chiffres suggèrent néanmoins que les entreprises des deux côtés poursuivent l’ajustement de leurs stratégies d’approvisionnement, de production et de logistique, face aux droits de douane, aux contrôles à l’exportation, et aux risques géopolitiques.

Redéploiement des exportations et inquiétudes sur les déséquilibres

Avec la baisse des expéditions vers les États-Unis, les exportateurs chinois ont continué de rediriger leur croissance vers d’autres régions. Les exportations vers l’Union européenne ont progressé de 12% en décembre sur un an, tandis que les envois vers les marchés d’Asie du Sud-Est ont augmenté de 11%. Cette réorientation a soutenu l’élan global des exportations, mais elle a aussi amplifié les inquiétudes de grands partenaires commerciaux face à l’élargissement des déséquilibres et au risque de nouvelles mesures défensives.

Plusieurs responsables internationaux ont exhorté la Chine à réduire sa dépendance aux exportations et à accélérer les efforts visant à stimuler la consommation des ménages. L’enjeu est qu’un excédent trop important peut accroître les tensions au sein du système commercial mondial et inciter d’autres économies à ériger de nouvelles barrières pour protéger leurs industries.

Côté importations, les achats en provenance de l’Union européenne ont augmenté de 18% en décembre, tandis que les importations depuis l’Asie du Sud-Est ont reculé de 5%. Cette configuration souligne que la dynamique commerciale est façonnée non seulement par la demande, mais aussi par la recomposition des chaînes de valeur, les cycles des matières premières, et des ajustements de politiques au niveau des produits.

Un contexte domestique toujours fragile malgré la vigueur des exportations

Ces données interviennent dans un contexte intérieur encore difficile. Les pressions déflationnistes persistent, la correction immobilière continue de peser sur les bilans des ménages, et l’incertitude sur le marché du travail contraint la confiance des consommateurs. L’inflation des consommateurs est restée quasi nulle en 2025, en deçà de l’objectif officiel d’environ 2%, renforçant l’idée que la demande domestique n’est pas suffisamment solide pour soutenir durablement les prix.

Si certains prévisionnistes ont légèrement relevé leurs anticipations de croissance pour 2026, ces projections reposent généralement sur l’hypothèse d’un soutien budgétaire supplémentaire, d’une résilience continue des exportations, et d’une amélioration du sentiment d’investissement. Dans le même temps, de nombreux analystes s’attendent à une stabilité globale de l’orientation macroéconomique à court terme, estimant que la vigueur des exportations compense partiellement la faiblesse de la demande intérieure et que les tensions externes se sont atténuées par rapport à leur pic.

Matières premières : soja et terres rares

Le rapport douanier met également en évidence des évolutions notables sur certaines matières premières. Les importations de soja ont totalisé 111,8 millions de tonnes sur l’année, en hausse de 6,5% par rapport à 2024. En décembre, toutefois, les importations de soja n’ont progressé que de 1,3% sur un an à 8 millions de tonnes, ce qui suggère une dynamique mensuelle plus modérée malgré la hausse annuelle.

Les exportations de terres rares ont augmenté de 32% en décembre pour atteindre 4 392 tonnes. Sur l’ensemble de l’année, les expéditions de ces minerais critiques ont progressé de 12,9% par rapport à l’année précédente, reflet d’une demande externe soutenue dans les chaînes d’approvisionnement de la haute technologie et de la fabrication avancée.

Les prochains jalons

La Chine doit publier prochainement ses chiffres de PIB annuel et du quatrième trimestre. Le consensus de marché se situe autour d’une croissance trimestrielle dans le milieu de la fourchette des 4%, tandis que l’objectif officiel annuel est d’environ 5%. Les derniers chiffres du commerce rappellent l’équilibre délicat auquel font face les décideurs : les exportations soutiennent fortement la croissance, mais l’ampleur du surplus et la contraction persistante des échanges sino-américains mettent en lumière des vulnérabilités structurelles et le risque d’un durcissement des réponses à l’étranger.

Si la demande intérieure ne se renforce pas de manière significative, la Chine pourrait rester dépendante plus longtemps que souhaité d’un moteur de croissance tiré par les exportations, ce qui renforce l’importance des politiques visant à améliorer la confiance dans les revenus des ménages, à soutenir l’investissement du secteur privé, et à ancrer une reprise de la consommation plus durable.